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Bolivie : L’ultrareligieux Camacho entre officiellement dans la course à la présidence

Luis Fernando Camacho, a Santa Cruz civic leader and major opposition figure, greets supporters during a news conference in La Paz, Bolivia November 10, 2019. REUTERS/Luisa Gonzalez

Fernando Camacho, qui a largement contribué à faire tomber Evo Morales, se présente à la présidentielle de 2020.
Il avait juré qu’il se tiendrait en dehors de l’arène politique. Ses adversaires estimaient, eux, qu’il était en embuscade ; il a confirmé leurs doutes. A peine trois semaines après la démission d’Evo Morales en Bolivie, le 10 novembre, celui qui a joué un rôle-clé dans les mobilisations ayant conduit au départ de l’ancien président a officialisé sa candidature, vendredi 29 novembre au soir, dans un communiqué lancé depuis son fief de Santa Cruz dans l’est du pays, bastion historique de l’opposition à Morales. Pour cela, Fernando Camacho a dû d’abord renoncer à la présidence du puissant comité civique de Santa Cruz, une sorte de cercle de notables et de citoyens.
« Présider cette institution [le comité civique] est le rêve de toute ma vie, ceux qui me connaissent depuis l’enfance savent que j’ai travaillé pour cela et que j’aspirais à cela. Mais je dois l’abandonner pour un autre rêve, une autre aspiration encore plus forte : être président de la République de Bolivie et pouvoir, à partir de là, servir avec toute ma force pour voir ma patrie prospère, unie et libre », écrit Fernando Camacho dans une lettre qui a été diffusée sur les réseaux sociaux.
Cet avocat ultrareligieux de 40 ans, issu de l’oligarchie cruzénienne blanche et représentant des élites entrepreneuriales, était encore inconnu de la majorité des Boliviens il y a quelques semaines et n’aspirait à aucun rôle politique, jurait-il. Pourtant, il est l’homme qui avait appelé à la « grève civique » illimitée, le soir du 22 octobre, deux jours après un scrutin présidentiel qu’il dénonçait comme frauduleux. Propulsé sur le devant de la scène médiatique, il suscite l’admiration des uns et le rejet des autres. Sous la statue du Christ rédempteur, une des places fortes de Santa Cruz, il a galvanisé les foules avec un discours imprégné de religion.
Figure charismatique, ce néopentecôtiste rassemble des centaines de milliers de personnes. Proche de la droite radicale, réactionnaire et conservatrice, il avance sans étiquette partisane ni aucun mandat électif. Il se présente comme simple citoyen défendant « la démocratie et la liberté » et devient le visage le plus visible de la contestation.
« Ses valeurs sont Dieu, la religion, la famille », explique Romulo Calvo, un proche de M. Camacho, et jusqu’alors vice-président du comité civique, dont il a pris la tête vendredi soir. « C’est une personne qui a des principes éthiques et moraux, il donne de l’assurance, car il sait ce qu’il veut, il a eu cette force de convaincre la population de tenir vingt et un jours de grève, il a un grand pouvoir de leadership », ajoute ce médecin qui porte, tatoué sur l’avant-bras droit, un Christ en blouse de docteur.

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