SOCIÉTÉ

Les habitants de la casbah en colère : « On nous a oubliés »


Les résidents du plus vieux quartier de la Capitale ruent dans les brancards, car les opérations du relogement ont cessé, alors que leur vis ne cesse de se dégrader.
Les dernières pluies ont fait de nombreux dégâts dans la capitale. Les projecteurs ont été braqués sur dommages subits par les routes et les ouvrages d’art. Cela n’est pas fait pour plaire aux habitants de la Casbah d’Alger. En effet, les maisons dans ce quartier sont presque toutes en très mauvais état. Les derniers résidents de la citadelle historique sont confrontés à moult difficultés. Située sur une pente, la Casbah est confrontée aux eaux de pluie qui ruissellent vers le bas de la capitale. Les Douirates (maisons traditionnelles) et les immeubles sont vieux. Ils ont été érigés bien avant l’invention du béton armé. Ils sont construits avec la pierre et le mortier latin : mélange d’argile, de chaux et de sable. Ce mortier écologiste, bon marché et ayant une bonne qualité de colmatage ne résiste malheureusement pas aux effets de la chaleur et de la pluie. « Le soleil dilate ce mortier et quand la pluie tombe, l’eau ne trouve aucune difficulté pour l’entamer. Il faut refaire le crépissage tous les trois sur les bâtisses construites avec la pierre et le mortier romain », dit Salah Agoujil, un ingénieur en bâtiment spécialisé dans l’entretien des vieilles bâtisses.
Chaque année qui passe, l’érosion des bâtisses de la Casbah s’accentue. Les immeubles de ce quartier sont dans un état de dégradation avancée. Les murs sont délabrés et les planchers affaiblis. « Notre immeuble est classé rouge par le centre du contrôle technique (CTC). Nous attendons toujours le relogement. Pour le moment nous survivons dans des conditions précaires. Notre bâtiment tremble souvent car les murs ne peuvent plus remplir leur rôle de soutènement », dit un Casbabji qui attend un relogement depuis 10 ans. Il s’emporte en évoquant justement la politique du relogement dans la wilaya d’Alger : « Des indu- occupants qui ont acheté des Douirates ont été relogés dans l’urgence. Quant à nous, les anciens Casbabjis, nous attendons toujours ».
Les dernières pluies ont encore une fois provoqué des dégâts dans ce quartier situé pourtant au centre de la Capitale. De nouvelles fissures sont apparues sur les murs de plusieurs maisons. Les anciennes fissures n’ont fait que s’agrandir. Les ménagères ont passé une partie de la matinée du mercredi 9 septembre 2020, à écoper les grandes quantités d’eau qui se sont infiltrées dans les maisons. « Notre toiture ne tient plus que grâce à la volonté divine. Dès qu’il pleut, l’eau s’infiltre de partout », dit une habitante de la Casbah.
Les Casbabjis sont très en colère. Ils ne comprennent pas pourquoi les autorités de la wilaya d’Alger tardent à terminer le relogement de tous les Casbabjis qui habitent dans des conditions lamentables. « Nous avons désormais peur pour nos vies. Les maisons s’écroulent les unes après les autres. Nous réclamons le relogement » ; dit un septuagénaire natif du quartier. Ils se considèrent comme les oubliés de la politique du relogement. « Alors que notre quartier tombe en ruines, tout le monde nous a oubliés », dits une dame dont le fils ainé est hospitalisé après une crise d’asthme
Saïd Ibrahim

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