MONDE ARABE

Irak : Les blessures toujours vives des enfants yézidis

Iraqi Yazidis attend a candle-lit vigil in the Sharya area, some 15 kilometres from the northern city of Dohuk in the autonomous Iraqi Kurdistan region on August 3, 2020, marking the sixth anniversary of the Islamic State (IS) group's attack on the Yazidi community in the northwestern Sinjar district. (Photo by SAFIN HAMED / AFP)

Il y a six ans, le 3 août 2014, Daesh lançait une offensive dans le district de Sinjar, situé au nord-ouest de l’Irak. Des milliers de Yézidis, une minorité religieuse et ethnique installée de longue date sur ces terres, deviennent la cible de crimes commis par les assaillants du califat autoproclamé. Les jeunes garçons sont capturés et envoyés dans des camps d’entraînement pour y être endoctrinés et préparés au combat. Les filles, kidnappées, sont vendues comme esclaves sexuelles.
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Depuis le départ du groupe armé, près de 2 000 enfants yézidis seraient rentrés dans leur famille en Irak, selon le bureau des Affaires yézidies du gouvernement régional du Kurdistan irakien. La majorité d’entre eux vivent dans des camps de déplacés, éparpillés à travers la province de Dohuk, au Kurdistan.
Dans un rapport publié fin juillet, l’ONG Amnesty International alerte sur les souffrances physiques et mentales qu’endurent encore ces jeunes et sur leur manque de prise en charge.

Le poids du traumatisme

Les enfants yézidis anciens captifs de l’organisation djihadiste, ont subi la famine, la torture, ainsi que des violences sexuelles et armées qui sont la cause de sérieux traumatismes. Les syndromes de stress post-traumatique sont fréquents et incluent entre autres de l’hyper excitabilité, de l’asociabilité, des tendances suicidaires ou de l’agressivité.

Fahima, mère d’une fille rescapée âgée de 10 ans, décrit aux enquêteurs d’Amnesty International le comportement de son enfant : « Je pensais qu’elle n’allait jamais se réhabituer à nous. Son esprit était ailleurs… Elle pouvait s’énerver très rapidement. Elle disait même, “tu n’es pas ma mère. Tu es une infidèle.”Parfois, elle a peur quand elle dort, elle fait des cauchemars. »Fahima précise, qu’avec le temps l’état de santé de sa fille s’est amélioré.
Les principaux centres médicaux humanitaires existants ne proposent pas de soins sur une longue durée, et les services proposés restent en dessous des besoins selon les soignants interrogés. Les filles de moins de huit ans ne sont pas prises en charge. Quant aux coûts des traitements et des accompagnements en dehors des camps, telles les cliniques privées, ils ne sont pas abordables.
Pari Ibrahim, directeur exécutif de la Fondation Free Yezidi, regrette que les enfants ne fassent pas l’objet d’une attention plus importante : « Les efforts de la communauté internationale se concentrent sur les femmes et non sur les enfants. »

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