CULTURE

La « Saga Hamra du Mouloudia » : Sur les traces du club aux 23 martyrs

« Il était une fois la saga Hamra du Mouloudia 1946-2010 » est le titre d’un nouvel ouvrage qui vient enrichir la bibliothèque sportive algérienne. Son auteur, Lahcene Belahoucine, revient sur l’histoire du MC Oran, dont la création se voulait une autre forme du combat des Algériens contre le colonialisme français.
La parution du livre, édité par « Dar El Qods » d’Oran, a coïncidé avec le 74e anniversaire du MCO, à la mi-mai dernier. L’auteur s’est lancé dans le défi de retracer l’histoire du club phare de l’Oranie. Un travail titanesque à travers lequel il restaure les événements tout en évoquant les dirigeants, les joueurs martyrs, la mutation du club et ses nombreux titres. Il dit avoir réussi, par ses recherches, à réfuter l’information largement admise, selon laquelle le Mouloudia d’Oran a été créé en 1917.
Pour ce faire, Belahoucine s’est basé sur « les nombreuses sources officielles, ultimes remparts contre les fabulations qui ont surgi, ici et là, pour démontrer –preuves irréfutables à l’appui– que la création du MCO au mois de mai 1946 avait obéi au contexte colonial de cette époque, qui a freiné tout cadre d’expression des Algériens », explique-t-il à l’APS.
« L’éveil nationaliste de la décennie a servi de terreau aux clubs musulmans qui durent subir les restrictions administratives de toutes sortes. Les pieds-noirs de Lamur (actuellement El Hamri) avaient leur église, leur école, leurs clubs. Les Hamraoua devaient réagir surtout après les odieux massacres du 8 mai 1945 », a-t-il expliqué.

Restituer l’histoire

Aussi, c’est sous l’égide des Oulémas représentés par Cheïkh Saïd Zemmouchi, l’une des figures marquantes d’Oran, que naîtra le MCO à la « médersa » (école coranique), selon ce chercheur-historien dont l’ouvrage s’inscrit dans la lignée des sagas consacrées à l’histoire du football oranais. Il avait édité les sagas de l’histoire du football algérien dont la fameuse histoire de la glorieuse équipe de l’USMO, l’une des doyennes des équipes musulmanes durant la période coloniale.
C’est donc dans un espace réduit, et en réponse à l’occupant, que naîtra le MCO à l’école « Tarbia oua Taâlim » (éducation et enseignement). L’auteur l’a si bien souligné dans son livre : « la création de ce club consacrait le divorce irrémédiable et définitif entre les deux communautés ».
Il pense, en outre, que ceux faisant la confusion sur la date de création du Mouloudia club d’Oran (MCO) se réfèrent au Mouloudia club musulman d’Oran (MCMO). « C’est ce dernier qui a été fondé le 4 décembre 1917, sauf qu’il n’a existé que l’espace de deux ans et qu’il n’a jamais participé à une compétition officielle », insiste-t-il.
Dans cet ouvrage, Lahcene Belahoucine, a résumé l’histoire du MCO en quatre étapes : la première de 1946 à 1956, soit de la date de création du club jusqu’au boycott des clubs musulmans de toutes les compétitions à l’appel du Front de libération nationale (FLN).
La deuxième, de 1962 à 1977, c’est-à-dire de la reprise des compétitions après le recouvrement de l’indépendance nationale jusqu’à la réforme sportive. La troisième étape se déroule de 1977 à 1989, l’année qui a vu les entreprises publiques se retirer des clubs. Enfin, la quatrième étape s’étale de 1989 à 2010, année de l’instauration du professionnalisme.
Sans doute, c’est la période allant de la fin des années 1960 à celle des années 1970 qui a marqué le plus l’auteur du livre. Il l’a qualifiée de « la plus faste du club phare de l’Ouest du pays ».

Un roi sans couronne

« Certes, pendant cette époque-là, le MCO n’a pas gagné beaucoup de titres, mais l’équipe renfermait dans ses rangs de grands joueurs. Globalement, le niveau du football algérien était très élevé. C’est ce qui explique le fait que les « Hamraoua », malgré tout leur potentiel, n’arrivaient pas à dominer de bout en bout la scène footballistique nationale, mais ils pratiquaient un très beau jeu », souligne-t-il.
Et si le même interlocuteur s’est lancé dans l’écriture de l’histoire du football algérien, c’est parce qu’il estime qu’il existe un « vide énorme » dans ce registre.
« Ce qui m’a poussé à me fixer comme objectif la restitution de toute l’histoire de notre football », a-t-il expliqué.
« J’étais de tout temps intéressé par tout ce qui gravite autour de ma ville natale, à notre patrimoine culturel et à son histoire en particulier.
Comme tout « Hamraoui », fier de l’être, je me suis intéressé d’abord au passé du MCO et à l’histoire du football en Algérie en général », indique l’auteur.
« N’ayant rien trouvé de consistant dans ce domaine, mis à part l’ouvrage d’Hubert Zakine (La mémoire du football d’Afrique du Nord) qui a passé sous silence le football musulman à cette époque coloniale, je me suis posé comme défi de restituer toute l’histoire de notre football depuis son introduction au Maghreb, pour la première fois en 1897, et dans ma ville natale avec les doyens du CALO et du CDJ », a-t-il encore ajouté.
La mission n’a pas été de tout repos. Il a fallu de longues et laborieuses recherches depuis 2009, pour que le projet se matérialise et commence à voir le jour, raconte-t-il encore, « d’où la série des +Sagas+ depuis 2010, en commençant par celle du football algérien, du football oranais (Bahia 1 et Bahia 2), de l’USMO, et aujourd’hui du MCO, sans compter +Les héros de la Foi+ et bien d’autres suivront, Inch’Allah ! »
Lahcene Belahoucine, bientôt septuagénaire, est né en 1951 à El Hamri (ex-Lamur), plus précisément à Errouaz, au bas de cette rue où est né le MCO, d’où cet intérêt particulier qu’il a accordé dans son dernier ouvrage à ce club.
Les évènements racontés dans son oeuvre s’étant arrêtés en 2010, soit l’année qui a vu l’instauration du professionnalisme dans le football algérien, l’auteur se dit « nullement convaincu par cette expérience qui tourne à l’échec ». Il projette de se pencher sur la décade 2010-2020, dans un autre voyage, un autre ouvrage qui complètera cette collection, promet-il.

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