MONDE ARABE

Tunisie : Finances publiques…vers l’inconnu

Le Chef du gouvernement, Elyes Fakhfekh vient de publier, une circulaire relative à l’élaboration du budget de l’Etat pour l’exercice 2021 où plusieurs mesures ont été annoncées se rapportant à la gestion des frais de fonctionnement et des dépenses d’investissement de l’Etat. Concernant les frais de fonctionnement, en particulier, ceci concerne la compression des primes de rendement, le gel des recrutements et le report des promotions et programmes de formation. D’autres mesures ont été annoncées, à cet effet, telles que la non-compensation des postes vacants, le redéploiement des ressources humaines, la limitation des heures supplémentaires et la rationalisation de la consommation d’énergie. La circulaire appelle à doubler d’effort pour rationaliser les dépenses de fonctionnement durant la période 2021- 2023, afin que leur évolution globale ne dépasse pas les 3%. Côté dépenses d’investissement, le Chef du Gouvernement demande le rééchelonnement des payements des fournisseurs publics, déjà ruinés par des arriérés non réglés de l’ordre de 700 millions de dinars et ce, parallèlement à la priorisation de la réalisation des grands projets, renvoyée depuis de longues années aux calandres grecques. La circulaire, qui a suscité colère et polémique, justifie les mesures par les effets négatifs de la crise sanitaire sur l’économie et les finances publiques, ce qui aura pour conséquence, selon les explications avancées, une régression importante des ressources de l’Etat.

Il est clair que le gouvernement a signé à travers ces mesures le début d’une étape d’austérité sévère. Néanmoins, plusieurs paramètres posent maintes questions, quant à l’appropriation de ce choix budgétaire. En effet, la Tunisie dispose, actuellement, d’après les chiffres de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) des réserves en devises et d’un solde du trésor public de l’ordre de 22.851 millions de dinars.

L’institut d’émission est en situation de sur liquidité, puisqu’il vient d’injecter aujourd’hui, lundi 18 mai 2020 sur le marché interbancaire un volume global de refinancement de 10.018 millions de dinars. Au total, les réserves disponibles, au sens large, représentent 69.5% du budget de l’Etat. Ceci veut dire, clairement, que la situation financière du pays est largement liquide ce qui vide de tout sens la démarche annoncée par le gouvernement pour adopter une approche de gestion aussi austère. Mieux encore, selon les données officielles, le secteur extérieur a fait preuve durant la crise sanitaire de résilience puisque le déficit commercial s’est réduit de 1.492,9 millions de dinars fin avril écoulé. Il en est de même pour les recettes des transferts des tunisiens résidents à l’étranger et des non-résidents qui sont d’après les derniers chiffres actualisées de la BCT de l’ordre de 2.406,5 millions de dinars contre 2966.8 une année auparavant.

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