ORAN

Janvier et février 1962 : Quand les commandos de l’OAS semaient la mort

L’historien et chercheur au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) d’Oran, Saddek Benkada, est catégorique: « janvier et février 1962 ont été les mois où l’OAS avait atteint à Oran le plus haut degré dans sa folie meurtrière. Les commandos de l’OAS multipliaient attentats à la bombe et assassinats, visant aussi bien des Européens que des Algériens ».
L’historien a relevé, au cours d’un colloque sur la guerre de libération nationale, que la sinistre organisation terroriste, OAS, rejetant l’idée d’une indépendance de l’Algérie, avait redoublé de férocité à l’approche de l’aboutissement des négociations de paix et la signature du cessez-le-feu le 19 mars 1962, et procédé à une escalade dans l’horreur.
L’OAS a multiplié les actes criminels aveugles, faisant un millier de victimes à Oran, où elle était bien implantée et recrutait un grand nombre de ses membres parmi les militaires et la population européenne.

La terreur s’installe

Le chercheur du CRASC souligne que « depuis l’installation à Oran, en août 1961, du chef l’OAS de l’Oranie, Edmond Jouhaud, ce dernier et son organisation n’avaient cessé de plonger, de jour en jour, la ville dans la plus effroyable des horreurs. Les commandos OAS multipliaient attentats à la bombe et assassinats, visant aussi bien des Européens que des Algériens ».
« Cette organisation jouissait de la complicité et du soutien quasi complet de la population européenne et des corps constitués et surtout des services de sécurité, composés en majorité de pieds noirs totalement acquis à l’OAS », indique S. Benkada, ajoutant que « cette situation a amené l’organisation terroriste à imposer sa loi et à entreprendre des actions ponctuelles de plus en plus sanglantes ».
C’est la période où l’OAS frappait en toute impunité. Le oranais gardent toujours en mémoire le triste souvenir de ce 13 janvier 1962, lorsqu’un commando de six hommes, déguisés en gendarmes, avec la complicité des gardiens, se présente à la prison civile d’Oran, avec de faux papiers pour se faire remettre quatre militants du FLN condamnés à mort : Guerrab Lahouari, Freh Mohamed, Sabri et Si Othmane. Ils seront trouvés quelques heures plus tard assassinés dans la forêt de Canastel.

L’horreur a atteint son paroxysme

Les mains criminelles avaient choisi délibérément la « Tahtaha », cet endroit très fréquenté par la foule qui s’agglutinait, en fin de journée du Ramadhan, devant les étals des marchands de gâteaux orientaux. Sur place, la scène est hallucinante : des corps déchiquetés, des lambeaux de chair éparpillés ici et là. La plupart des visages étaient méconnaissables, les corps étaient réduits en charpie. Les murs dégoulinaient de sang et de morceaux de chair.
« Les femmes ne supportant pas que les corps des victimes soient couverts de feuilles de journaux et de carton, ont enlevé spontanément leur voile, d’autres ont ramené de leur maison des draps blancs, pour les couvrir », raconte Saddek Benkada, ajoutant que les passants se trouvant tout près du lieu de l’explosion n’ont jamais pu être identifiés.
Les premiers secours sont organisés. Les plus touchés ont été dirigés vers l’ »hôpital du FLN » où les quelques rares médecins algériens ont opéré dans des conditions très difficiles. Les autres blessés sont évacués vers l’hôpital civil.
« Ceux qui ont eu la chance d’être soignés, ont fini par être achevés par un commando OAS dans leur lit », indique le professeur.
Par cet attentat, l’OAS venait d’atteindre le seuil de l’intolérable et de franchir un nouveau pas dans le crime génocidaire organisé qui a « dépassé les limites jusque là connues de l’horreur », se souvient-on.
L’OAS venait d’inventer l’attentat à la voiture piégée. Le nombre réel des victimes de ce carnage ne sera jamais connu. Le bilan officiel fait état de 78 morts et de 150 blessés, indique le chercheur.
Par ailleurs, le lundi 5 mars 1962, à deux jours de la fin du Ramadhan, un commando de l’OAS d’une trentaine d’hommes, revêtus d’uniformes militaires s’est introduit, avec la complicité des gardiens, dans la cour intérieure de la prison civile. Deux voitures bourrées de plastic, de bidons d’essence de bonbonnes de gaz butane explosent provoquant la mort de nombreux détenus algériens, asphyxiés ou brûlés vifs dans leurs cellules. Des dizaines d’autres furent grièvement blessés.

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