MONDE ARABE

Liban : Le pays en faillite, appelle le FMI à la rescousse

En échange d’un vaste plan de réformes, dont certaines modalités sont encore vagues, le gouvernement d’Hassan Diab espère obtenir un soutien d’au moins dix milliards de dollars. Par Benjamin Barthe Publié le 01 mai 2020 à 14h50 – Mis à jour le 01 mai 2020 à 15h40 Temps de Lecture 5 min. Partage Partager sur Facebook Envoyer par e-mail Partager sur Messenger Plus d’options Article réservé aux abonnés Le premier ministre du Liban, Hassan Diab, s’exprime après une réunion gouvernementale au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beyrouth, la capitale, le 30 avril. Le premier ministre du Liban, Hassan Diab, s’exprime après une réunion gouvernementale au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beyrouth, la capitale, le 30 avril. – / AFP Les chiffres de la débâcle libanaise sont désormais connus, et les moyens choisis par le gouvernement pour tenter de s’en sortir commencent à émerger. Le premier ministre, Hassan Diab, a présenté, jeudi 30 avril, en un jour qu’il a qualifié d’« historique », le plan de sauvetage économique et financier du pays du Cèdre. Pour apurer les comptes publics, grevés par une dette de 92 milliards de dollars (84,4 milliards d’euros), équivalente à 170 % du produit intérieur brut (PIB), et remettre le pays sur la voie de la croissance, le chef du gouvernement, aux affaires depuis janvier, s’est décidé à solliciter l’aide du Fonds monétaire international (FMI). Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le coronavirus fragilise le Liban, déjà en faillite Grâce à son plan de réformes, M. Diab espère obtenir de l’institution un soutien d’au moins 10 milliards de dollars, en plus du déblocage des 11 milliards de dollars promis à la conférence Cedre (Conférence économique pour le développement du Liban par les réformes et avec les entreprises) organisée à Paris en avril 2018. Ces fonds n’ont jamais été versés en raison de l’incapacité de l’exécutif alors en place, dirigé par Saad Hariri, à mettre en œuvre les réformes auxquels il s’était engagé. Il y a quelques mois encore, le recours au FMI faisait figure de tabou. Le mouvement chiite Hezbollah, l’un des partenaires de la coalition soutenant le gouvernement Diab, agitait le spectre d’une mise sous tutelle du pays par les Etats-Unis. D’autres partis, peu désireux de voir les experts de l’organisation mettre leur nez dans les comptes de l’Etat et des banques, traînaient aussi les pieds. « Mais parce que l’Iran, sponsor du Hezbollah, s’est lui-même résolu à réclamer de l’aide au FMI, et que la situation est franchement désespérée, le mouvement chiite a fait comprendre qu’il n’était plus contre », explique un diplomate étranger.

Les habitants de Tripoli entre agonie et colère

Dans la ville la plus pauvre du pays, les restrictions liées au coronavirus ont porté le coup de grâce à une économie déjà à l’agonie. Alors que le gouvernement veut recourir à l’aide au FMI, la contestation sociale reprend. Parfois dans la violence.
C’est du jamais vu durant un mois de Ramadan. Sur l’avenue Bechara El Khoury, la grande artère qui pénètre à Tripoli, deuxième ville du Liban, les poteaux font grise mine, privés de leurs guirlandes électriques en cette période d’ordinaire festive. Le long des trottoirs de l’agglomération sunnite, pas de décorations, mais des façades de banques saccagées. Au lendemain d’une nouvelle nuit de heurts entre contestataires et forces de l’ordre, une douzaine de personnes font la queue devant un distributeur à billet.
«C’est un des seuls qui fonctionne encore dans la ville, ils ont tous été détruits», explique Daniella, 26 ans, sans emploi depuis des mois, comme la majorité des Tripolitains. La jeune femme, qui dit «ne pas cautionner les violences», redoute que la situation ne dégénère. «Les gens sont à bout, ils ont faim, tout simplement. On entend même que certains seraient en train de s’armer.»

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