MONDE ARABE

Pillage des ressources du peuple sahraoui : Un journaliste japonais brise le mur du silence

Pour briser le mur du silence sur la situation d’occupation du Sahara Occidental, le journaliste japonais Yuichi Iwasaki mène un combat pour prouver à ses concitoyens, et à travers eux à l’opinion internationale, que les produits halieutiques en provenance du Maroc sont en réalité des richesses pillées dans les eaux territoriales sahraouies, classées parmi les plus riches bassins dans le monde.
Afin de toucher le cœur des Japonais, sensibles aux causes humaines, Iwasaki a trouvé un moyen ingénieux pour faire connaitre la cause du Sahara Occidental. Il leur propose de voyager « virtuellement » grâce à des photos racontant en détail la pêche, le conditionnement et le transport des richesses halieutiques sahraouies pillées par l’occupant marocain avant de parvenir aux pays du monde, dont le pays du Soleil. Ces photographies viennent étayer un article sur ce pillage au coeur même des Territoires sahraouis, où il s’était rendu, en tant que touriste, à deux reprises en 2018.
Lors d’un entretien avec APS en marge du 15ème Congrès du Front Polisario, organisé récemment à Tifariti, le journaliste nippon a évoqué ce travail dans lequel il mis en évidence « le paradoxe marocain » entre l’immense richesse du Sahara Occidental, l’un des plus riches pays du monde en termes de réserves de ressources naturelles, notamment halieutiques, et la face cachée d’un peuple opprimé et acculé à la pauvreté extrême.
Lors de ses deux visites, Iwasaki a pu « s’infiltrer » dans les territoires sahraouis occupés où il a eu à constater de visu « le pillage et l’exploitation illégale des ressources naturelles du peuple sahraoui ». Sa curiosité de journaliste l’a poussé à confirmer cet état de fait lors d’un deuxième voyage aux ports de Dakhla et Laâyoune, en août de la même année, où il a documenté par l’image l’exploitation des richesses halieutiques sahraouies par le Maroc.
« Les photos éloquentes que j’ai prises ont brisé le black-out médiatique imposé par le Maroc sur la question du Sahara Occidental en ce sens où elles ont permis aux Japonais de connaitre l’origine du poulpe et du thon qui font la renommée de leur gastronomie », a-t-il indiqué.
L’auteur qui dit avoir été loin de penser que son travail allait attirer plus de deux millions de lecteurs au Japon, dont « le peuple, épris de liberté, a une profonde empathie pour les causes justes », explique que le conflit sahraoui était « pendant de longues années présenté d’un seul et unique angle, celui relayé par le Maroc et ses complices pour promouvoir leur version de la réalité ».
Cet article « a suscité le courroux » du Maroc qui « a protesté » à travers une correspondance adressé au journaliste pour savoir comment a-t-il pu recueillir autant d’informations, l’accusant même d’être « un agent ».
Néanmoins, les menaces de Rabat n’ont pas entamé la volonté de ce citoyen nippon de poursuivre sa lutte en faveur de la cause sahraouie, « plus déterminé encore » à continuer à agir pour son triomphe jusqu’à l’indépendance de ce peuple qui ne cesse de prouver « à quel point il est un peuple démocratique, humble et cultivé, militant pacifiquement pour sa liberté et pour l’édification de son avenir », a-t-il dit.

Un séjour touristique qui se termine par la découverte d’une cause condamnée à l’oubli

Revenant sur la découverte de la cause sahraouie, Yuichi Iwasaki explique que c’est à la faveur d’un périple touristique en moto qu’il avait commencé du Maroc en direction de l’Afrique du Sud, en 1995. « C’était là, la découverte de l’une des causes les plus ignorées du 21e siècle ». Le journaliste dit « avoir été interpelé par les conditions déplorables des Sahraouis dans la ville de Tarfaya », géographiquement marocaine et historiquement sahraouie.
Impressionné par « la capacité des autochtones à faire face à la rudesse du climat et à l’injustice de l’occupant, le Maroc voisin », Iwasaki se fait alors « une idée claire de ces prétendus territoires touristiques marocains », dit-il, et « où est perceptible la réalité de dizaines d’habitants, éparpillés ça et là dans ce vaste étendu de sable, vivant dans l’injustice, la misère et la privation des droits humanitaires, les plus élémentaires ».
Halima, une sahraouie de la génération née avec le déclenchement de la révolution sahraouie, a été pour le journaliste la première confrontation avec l’amère réalité du combat du peuple sahraoui, « soumis à l’opression et à la torture dans les Territoires occupés ». « J’ai entendu beaucoup d’histoires dramatiques sur le calvaire des Sahraouis sur ses propres territoires occupés », a-t-il témoigné.
Depuis, le journaliste a adopté la cause sahraouie « en tant que cause humanitaire à défendre » et s’y est attaché de plus en plus en découvrant toute la solidarité internationale dont elle jouit, au contact des délégations étrangères qui soutiennent les Sahraouis aussi bien dans les Terres occupées que dans les Camps des réfugiés.
Conscient de « la difficulté, voire l’impossibilité, de pouvoir revenir sur les Territoires sahraouies occupées », le journaliste japonais se dit déterminé à « continuer à militer pour la vulgarisation et le triomphe de la cause sahraouie, partant de sa profonde conviction que c’est une question de décolonisation ».
Après sa dernière visite à Tifariti (Territoires occupés), le journaliste envisage de publier d’autres articles dans le plus célèbre magazine japonais et d’animer des conférences dans les universités de son pays, ciblant ainsi un maximum de lecteurs assoiffés de vérité sur le conflit au Sahara Occidental.
Lors de cet entretien, M. Iwasaki a tenu à exprimer son admiration et sa considération à l’Algérie pour sa solidarité inégalée avec les causes de libération à travers le monde, notamment celle du Sahara Occidental, estimant que « le plus admiratif c’est l’attachement du peuple et de la direction de l’Algérie à cette position immuable depuis près de 44 ans ».

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