MONDE ARABE

Libye : Les séquelles de l’intervention de lOTAN

En 2017, 60 % de la population libyenne souffrait de malnutrition. 1,3 million de Libyens étaient en attente d’une aide humanitaire d’urgence, sur une population totale de 6,4 millions d’habitants. Cette situation catastrophique fait suite à l’intervention éclair de 2011 conduite par l’OTAN. L’organisation s’estimait investie d’une mission humanitaire : sauver le peuple libyen du massacre que lui promettait son dictateur et lui offrir un modèle démocratique, gage de stabilité, de liberté et de prospérité. Le régime de Kadhafi est bien tombé. Mais la situation est très éloignée des promesses attendues de l’intervention des Occidentaux : violences, famines, instabilité politique et progrès de l’islamisme. Les principaux médias français, qui avaient couvert avec attention les événements en 2011, sont depuis bien silencieux sur les séquelles de cette intervention militaire. Une intervention qu’ils soutenaient alors, à l’unisson de la classe politique de l’époque.
En février 2011, en écho à la révolution tunisienne, un mouvement de protestation gagnait l’est de la Libye, en particulier la ville de Benghazi, dirigé contre le régime au pouvoir depuis 42 ans. Cette protestation fut immédiatement réprimée par les autorités. En réaction, le Conseil de sécurité des Nations Unies adopta les résolutions 1970[1] et 1973[2], qui interdisaient tous les vols à destination de la Libye et mettaient en avant la « responsabilité de protéger » la population libyenne. Les États-membres furent appelés à prendre toutes les mesures nécessaires pour faire respecter cette interdiction. En parallèle de l’intervention de l’OTAN fut lancée l’opération Odyssey Dawn, menée par une coalition internationale dirigée par les États-Unis. Le 30 mars 2011, l’agence de presse Reuters révélait que le président américain Barack Obama avait signé un ordre secret autorisant le soutien du gouvernement américain aux forces rebelles qui cherchaient à destituer Mouammar Kadhafi[3]. Cette autorisation demeure dans la ligne adoptée par l’OTAN dès les débuts du conflit : lancer des frappes aériennes sur les forces gouvernementales libyennes et équiper les rebelles. Barack Obama avait alors déclaré que ces frappes avaient pour objectif de forcer Mouammar Kadhafi à se retirer du pouvoir, par le biais de pressions constantes tant sur le plan militaire que sur d’autres plans. Il n’excluait pas l’éventualité de fournir des armes aux rebelles. Un agenda qui outrepassait largement les prérogatives de la résolution 1973 du Conseil de sécurité, qui n’autorisait aucunement une intervention de changement de régime.
En avril 2011, le chef des forces rebelles, le général Abdel Fattah Younes[4], déclarait dans une interview à la chaîne d’information saoudienne Al Arabiya que les rebelles avaient reçu des armes de la part de pays non identifiés[5]. Cette affirmation fut corroborée par les déclarations du porte-parole du Conseil national de transition, Mustafa Gheriani, sans fournir plus d’informations. Cette nouvelle intervenait au moment où les forces de Kadhafi intensifiaient les attaques contre la ville de Misrata[6].
Après la prise de Tripoli par les forces de l’opposition le 22 août 2011, le secrétaire général réaffirma l’engagement de l’OTAN à protéger la population civile libyenne et de l’accompagner vers la construction d’une démocratie[7]. Peu de temps après, Syrte, dernier bastion du régime, tomba, et le colonel fut tué au cours d’un raid impitoyable. La mission prit donc fin le 31 octobre 2011, 222 jours après le début de l’opération.
Malgré l’embargo sur les armes, l’OTAN en avait fournit en très grande quantité aux groupes rebelles. L’organisation avait également envoyé des forces spéciales et un personnel de renseignement qui agissait auprès de ces groupes comme des formateurs.
Il aura fallu seulement sept mois pour destituer Mouammar Kadhafi et ses fidèles. En comparaison avec les guerres en Afghanistan et en Irak, cette intervention a été d’une rapidité redoutable et bien moins coûteuse pour l’organisation. Il fut d’ailleurs mis en exergue que ce modèle d’intervention, considéré comme un succès, serait réadopté par l’OTAN[8]. Les difficultés concernant la gestion de l’après-conflit n’ont pas tardé à apparaître. Malgré l’embargo sur les armes, l’OTAN en avait fourni en très grande quantité aux groupes rebelles. L’organisation avait également envoyé des forces spéciales et un personnel de renseignement qui agissait auprès de ces groupes comme des formateurs. Ce soutien avait dissuadé les rebelles de convenir d’un cessez-le-feu avec Kadhafi, et n’a pas été pour rien dans la guerre civile qui a éclaté après la chute du chef d’État libyen. Dans les faits, rien n’établit que l’OTAN ait été favorable à une négociation pacifique avec le président libyen. Pourtant, le 11 avril 2011, celui-ci avait accepté un cessez-le-feu. Sans appui de l’OTAN, les rebelles n’auraient pas tenu très longtemps face à l’armée de Kadhafi (probablement seulement quelques mois). Avant l’intervention de l’OTAN, Kadhafi avait repris la majorité des villes qui étaient tombées dans les mains de rebelles. Certains observateurs considèrent qu’il aurait pu facilement reprendre Benghazi en mars 2011[9]. En effet, au début de l’intervention, l’armée rebelle était désordonnée et dépourvue de formation.

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