SOCIÉTÉ

Sida à Oran : Redynamiser les centres régionaux pour réduire la pression sur le CHUO

Le directeur de la Santé et de la Population d’Oran a préconisé de « redynamiser » les centres régionaux de référence en matière de prise en charge des personnes atteintes du VIH Sida afin de réduire la pression sur le Centre Hospitalo-universitaire de la wilaya.
Interrogé sur le nombre sans cesse croissant des malades pris en charge dans cette structure hospitalière, en dépit d’un manque de moyens, notamment concernant la disponibilité des médicaments traitant cette maladie infectieuse atteignant l’immunité, Boudaa Abdennaceur a esquissé deux solutions: l’orientation des malades des autres wilayas vers leurs centres de référence ou l’attribution d’un budget « spécifique » au CHUO pour couvrir les besoins de tous les malades.
« Le ministère, qui est au fait de cette problématique, peut opter à redynamiser les autres centres de référence régionaux ou attribuer une enveloppe financière spéciale pour les médicaments du sida, qui permettra au CHU Oran de prendre en charge les malades qui souhaitent s’y soigner », a-t-il indiqué. Redynamiser les autres centres de référence régionaux implique notamment d’assurer l’anonymat des malades et de leur garantir de garder le secret médical s’agissant de leur maladie, a estimé M. Boudaa.
Pour le directeur du CHU, Hadj Boutouaf, seule une commission ad-hoc serait à même d’apporter une solution au problème. Selon lui, le service concerné prend en charge près de 4.000 malades de toute la région Ouest et Sud-ouest du pays dont 900 seulement seraient issus de la wilaya d’Oran.
A ses yeux, il s’agit d’une situation « inadmissible » car, a-t-il dit, il existe dans la région trois autres centres de référence pour la prise en charge du Sida, à Sidi Bel-Abbès, Tlemcen et Bechar, qui bénéficient d’un budget pour assurer les médicaments aux malades de la wilaya et des wilayas limitrophes.
Au titre de l’année 2019, le CHU Oran aurait consommé une enveloppe de 80 milliards de centimes pour l’achat des médicaments de traitement du Sida.
Les prévisions exprimées par la Cheffe de service des maladies infectieuses, le Pr Nadjet Mouffok, de 150 milliards de centimes, ont été rejetées par le Conseil du médicament de l’hôpital qui ne lui a attribué que 50 milliards de centimes avec une rallonge de plus de 30 milliards plus tard. Pour le directeur du CHU, qui met en avant la nécessité de rationaliser les dépenses, les besoins exprimés par la cheffe de service paraissent « exagérés ».
« 150 milliards de centimes ça représente 70% du budget du CHU Oran. Je ne peux pas accorder une telle somme à un seul service, alors que j’ai 62 autres », a-t-il argué. La solution, selon lui, résiderait dans l’orientation des malades qui affluent sur le CHUO vers les autres centres de référence. « Je ne comprends pas pourquoi je prends en charge des malades de Sidi Bel-Abbès, plus de 200 malades, alors qu’il existe un centre de référence dans cette wilaya», s’est-il exclamé. Pour diminuer la pression sur le CHUO, les autres centres doivent jouer leur rôle, surtout qu’ils ont un budget pour acquérir les médicaments et suivre les malades, estime ce même responsable, soulignant que l’article 7 de la loi sanitaire stipule que « chaque malade doit être pris en charge dans son lieu de résidence ».
Boutouaf considère que c’est l’équipe médicale du service infectieux qui doit faire le travail pour orienter les malades vers les autres centres de référence. Une consigne a été donnée dans ce sens au début de l’année 2018, a-t-il assuré.
De son côté, le Pr Mouffok a soutenu que la question est « beaucoup plus complexe ». « Déjà, l’article 7 ne s’applique pas aux malades du Sida, qui ont un statut particulier leur donnant le droit de choisir leur centre de référence », a-t-elle rétorqué.
Cette spécialiste dénonce par ailleurs « l’absence » d’une cartographie qui lui permettrait de savoir vers où orienter les malades des wilayas qui n’ont pas de centre, comme Tiaret, Mascara, Mostaganem et Aïn Témouchent. Pour elle, la direction de l’hôpital doit « prendre ses responsabilités et tracer cette cartographie ».

Le secret médical mis à mal

Par ailleurs, le Pr Mouffok explique que même si, théoriquement, il semble facile de « renvoyer » un malade vers sa wilaya de résidence, il y a des considérations qui dictent le contraire. « Déjà, je ne peux pas renvoyer un malade qui préfère se faire suivre dans mon service, et ce, pour des considérations humaines », souligne-t-elle.
« Ensuite, certains malades ont peur que leur entourage apprenne leur maladie, avec toute la stigmatisation qui en découlerait, alors ils préfèrent se soigner ailleurs, dans une autre région », note-t-elle encore.
La solution, selon la cheffe de service, consisterait à allouer un budget « supplémentaire » pour l’acquisition des quantités suffisantes de médicaments et permettre à chaque malade de choisir où se soigner.
« La prise en charge des malades du sida est une question très délicate et l’abandon du traitement, par manque de médicament ou par découragement, peut avoir des incidences sur la santé du malade, exposé à l’échec thérapeutique, et sur la société, car le malade redevient contagieux », dit-elle.
En attendant que le problème soit réglé, en adoptant l’une ou l’autre solution proposée par les responsables, les malades craignent de se retrouver sans médicament.
Après une protestation publique, le 21 octobre dernier, les malades se sont regroupés à maintes reprises à l’hôpital. Ils ont été également reçus par le directeur du CHUO qui s’est engagé à assurer la quantité nécessaire de médicaments graduellement jusqu’à la fin de l’année 2019.
Un premier quota pour couvrir les besoins de 500 malades a été déjà réceptionné. Terrifiés par l’idée de ne pas avoir leurs médicaments, les malades tentent même de s’organiser en syndicat ou en association pour défendre leurs droits.

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