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A Thaourirth, il y a 58 ans, la section de Mohamed Boucheraine menait sa dernière bataille

Le mont Thaourirth, surplombant le petit village forestier d’Aguouillal (El Adjiba), relevant alors de la zone II de la wilaya III historique, était, il y a 58 ans, le théâtre d’une bataille héroïque menée par la section de la glorieuse Armée de libération nationale (ALN), dirigée par l’ex-sergent-chef, le martyr Mohamed Boucheraine, contre l’armée coloniale.
Selon le témoignage et les mémoires de l’enseignant et historien Ali Amrani, les faits de cette bataille remontent au 22 janvier 1960, sept mois après le début de l’infernale opération « Jumelles », qui visait à étrangler la révolution en isolant les combattants de l’ALN des populations notamment dans la wilaya III, où les combats faisaient rage.
Dans la nuit du 21 janvier, une vaste opération de ratissage fut lancée par les forces de l’ennemi pour encercler le village Aguouillal et toutes les bourgades et hameaux environnants pour resserrer l’étau sur les sections de moudjahidine activant dans cette région difficile d’accès.
« La section, sous l’égide du sergent-chef Mohamed Boucheraine, et une autre dirigée par Guerrout Meziane dit Bouachiwen, se trouvant alors dans un refuge à Imezdourar, ont été alertées pour quitter rapidement les lieux avant l’arrivée des convois de l’armée coloniale. Les deux sections décidèrent alors de se séparer durant la nuit pour fuir au ratissage », raconte M. Amrani.
La section de Boucheraine a pris le chemin à 03H00 du matin pour se diriger à Oued N’Baghbagh et Agouni Nestlatha. En cours de route, et à leur arrivée au lieudit Thala Boulmane, près du village Ouvdir, la section fut surprise par une embuscade tendue par des troupes de la soldatesque française.
« Sous l’intensité de l’accrochage et des tirs, les djounoud de la section de l’ALN étaient obligés de se replier et rebrousser chemin pour regagner l’inaccessible mont de Thaourirth, près de leur refuge à Taghzout, où ils prirent des positions stratégiques afin de pouvoir repousser tout éventuel assaut des troupes ennemies », raconte encore l’historien Amrani, en s’appuyant sur les témoignages livrés par le moudjahid Kaci Abad dit Kaci Ouavach et la moudjahida Fatma Chebbout, qui ont participé à cette héroïque bataille.
L’accrochage survenu à Thala Boulmane a facilité la tâche aux militaires français pour localiser le lieu exact de la présence des moudjahidine.
Avant la levée du jour, des troupes terrestres encerclèrent le village Aguouillal avec le soutien des parachutistes transportés dans des hélicoptères.
Deux jours avant le début de l’offensive, les forces coloniales ont évacué et transporté tous les habitants des hameaux d’Amalou, Ighil Nzaghwen, Thaqqa, Ouvdir, vers des centres de concentration à Semmache (El-Adjiba) dans l’objectif de neutraliser les sections combattantes de l’ALN à Aguouillal, selon les témoignages des deux moudjahidine Ahmed Ouali Sait et Si Mouh Belkacemi, qui ont exercé en qualité d’agents de soutien et de renseignement durant la Guerre de libération nationale.

Sur le champ de bataille, les glorieux moudjahidine défient l’horreur

Après l’accrochage de Thala Boulmane, les troupes de l’armée française ont pu localiser les éléments de la section de Mohamed Boucheraine retranchés et encerclés dans la petite forêt de Boukarchane à Thaourirth. Avec l’arrivée sur les lieux du premier groupe de paras français en ratissage, la bataille éclata entre les deux camps. « Une dizaine de soldats français furent tués sur le coup », raconte avec émotion le moudjahid Ahmed Ouali.
« Sur le terrain, les moudjahidine ont réussi à tenir le coup face à des dizaines de soldats qui les ont encerclés. Mais l’arrivée des renforts et l’intervention de l’aviation leur avaient compliqué les choses. Les compagnons de Mohamed Boucheraine ont été ciblés par les bombardements intensifs au napalm », a témoigné encore Si Moh Belkacemi, qui se souvient avec amertume de cette journée historique.
« Les avions de guerre, qui survolaient à basse altitude toute la localité, larguaient des bombes sur les lieux suspectés d’abriter les moudjahidine.
Une épaisse fumée se dégageait des lieux, c’était une journée d’horreur. Une panique générale s’était emparée du village », se souvient encore Si Moh.
Malgré l’intensité et l’ampleur des bombardements, les éléments de la section ont réussi à desserrer l’étau. Certains d’entre eux sont tombés en martyrs en ripostant et d’autres ont réussi à s’enfuir via Assif Ouhedad, Thaghzouth et par la forêt d’Ighvir et d’Ahdifa. La bataille s’est soldée par de lourdes pertes dans les rangs de l’ennemi. Près de 50 soldats français ont péri dans les combats, selon les chiffres donnés par l’historien Ali Amrani. Ce bilan a été confirmé par les moudjahidine Ahmed Ouali Sait et Si Moh Belkacemi.

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