MONDE ARABE

Maroc : Les familles des détenus du « hirak » du Rif veulent poursuivre la lutte

epa07520043 A Moroccan protester holds a banner reading in Arabic 'freedom for Hirak Rif detainees' during a protest against prison sentences given to activists in Rabat, Morocco, 21 April 2019. According to reports, people gathered to protest against prison sentences given to leader and activists of the Hirak Rif movement following the violent protests that took place in October 2016 in Al Hoceima. EPA/JALAL MORCHIDI (MaxPPP TagID: epalivefour011905.jpg) [Photo via MaxPPP]

Il y a trois ans, les manifestations du « hirak » du Rif débutaient après la mort atroce d’un vendeur de poissons. Les leaders du hirak ont été condamnés à de lourdes peines en 2018.

« À chaque fois que je rends visite à mon frère en prison, je ressens une injustice indescriptible. L’État marocain a totalement raté son rendez-vous avec le hirak, malgré les discours de réconciliation avec la région du Rif. C’est une page noire de l’histoire entre l’État et le Rif qui est en train de s’écrire », juge Mohamed Ahamjik. Toutes les deux semaines, il parcourt les 600 km aller et retour qui séparent la ville rifaine d’Al Hoceima et Fès où son frère Nabil est emprisonné.
Une peine de 20 ans de prison

Nabil Ahamjik fait partie des leaders du « hirak » du Rif, ce vaste mouvement de revendications sociales qui a secoué cette région du nord du Maroc en 2016 et 2017. Il a été condamné à 20 ans de prison l’année dernière notamment pour « complot visant à porter atteinte à la sécurité de l’État » – une peine confirmée en appel.
Lourdes peines en appel pour les protestataires du Rif marocain
« Mon fils est un détenu politique. Et, malgré les peines sévères qui ont été édictées, nous ne baisserons pas les bras », lance Ahmed Zefzafi, le père du charismatique porte-voix du hirak Nasser Zefzafi, lui aussi condamné à 20 ans de prison. Les manifestants du hirak réclamaient le désenclavement de leur région, longtemps délaissée par l’État, plus de services publics et des emplois.

Le mouvement a été déclenché il y a tout juste trois ans, le 28 octobre 2016, par la mort atroce de Mohcine Fikri, un vendeur de poissons broyé dans une benne à ordures en tentant de récupérer sa marchandise saisie par les autorités. Les arrestations s’étaient multipliées après l’interruption du prêche d’un imam par Nasser Zefzafi fin mai 2017. Au fil des mois, des condamnations ont été prononcées par centaines. Une partie a toutefois bénéficié de grâces royales en 2018 et 2019.

Le témoignage de la sœur d’un détenu

« À Al Hoceima, tout le monde est sorti dans la rue pacifiquement, assure Hanan Haki, la sœur de Mohamed Haki, détenu avec Nabil Ahamjik et Nasser Zefzafi. Les détenus n’ont rien fait pour mériter 15 ou 20 ans de prison. Si on leur demande de s’excuser pour être libérés, ils refuseront. Si le prix à payer est de passer autant de temps en prison, cela ne leur pose aucun problème, car ils croient en leur cause. »

Pour contester leur condamnation, Nasser Zefzafi et les cinq autres détenus de sa cellule ont annoncé symboliquement en août dernier qu’ils abandonnaient la nationalité marocaine. « Ils se sont dits : si cette nationalité ne nous donne ni droits, ni dignité, pourquoi la conserver ? », explique Hanan Haki.
Le sort du journaliste Rabii El Ablak
À la prison de Tanger, un autre détenu lié au hirak, le journaliste Rabii El Ablak, serait de son côté en grève de la faim depuis près de 50 jours pour dénoncer sa condamnation à cinq ans de prison. Alors que les autorités assurent que son état de santé est normal, Reporters sans frontière a appelé à sa libération immédiate.
L’État marocain a annoncé une série de mesures pour répondre aux revendications du hirak et limogé des responsables politiques et administratifs. Mais les familles assurent qu’ils ne voient pas d’amélioration dans le Rif. « Le seul changement que l’on a vu, c’est une hausse de l’immigration illégale vers l’Europe, assure Mohamed Ahamjik. Si les promesses de l’État répondaient aux revendications, pourquoi les gens risqueraient-ils leur vie en mer ? »

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