INTERNATIONAL

Argentine, : La gauche revient au pouvoir

Depuis l’avènement du péronisme au pouvoir en Argentine dans les années 1940, la lutte ouvrière s’est renforcée dans le sillage de la confrontation entre les agriculteurs et les industriels.
Le candidat péroniste de centre-gauche Alberto Fernandez a remporté, dimanche, l’élection présidentielle en Argentine au premier tour, devant le président sortant libéral Mauricio Macri.
Selon des résultats partiels, avec 95,31% des bulletins dépouillés, il a obtenu 47,99% des voix, contre 40,48% pour son adversaire. Pour gagner dès le premier tour, Alberto Fernandez devait obtenir plus de 45% des voix, ou bien plus de 40% des voix avec un avantage de plus de 10 points sur le candidat arrivé deuxième. Selon le ministère de l’Intérieur, le taux de participation est de plus de 80%. Le vainqueur a formé un ticket avec l’ex-présidente Cristina Kirchner (2007-2015), candidate à la vice-présidence, elle aussi de gauche. La veuve de l’ancien chef d’Etat Néstor Kirchner (2003-2007) demeure un des poids lourds de la gauche de son pays.
Le scrutin intervient alors que la région latino-américaine est secouée par de nombreuses crises politiques et sociales : mobilisation contre les résultats de la présidentielle en Bolivie, vague de contestation au Chili et troubles sociaux en Equateur. Le Mexique et le Venezuela, deux pays dirigés par la gauche, ont félicité Alberto Fernandez. De son côté, le président brésilien de l’extrême droite, Jair Bolsonaro, a affirmé hier, en quittant les Emirats arabes pour le Qatar, que l’Argentine «avait mal choisi» son nouveau président et qu’il n’a d’ailleurs «pas l’intention de féliciter».

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Le Président sortant achève son mandat au milieu d’une dure crise économique. En récession depuis plus d’un an, le pays connaît une inflation élevée (37,7% en septembre), une dette massive et un taux de pauvreté en hausse (35,4%, soit un Argentin sur trois). Mais des investisseurs craignent que la venue au pouvoir d’Alberto Fernandez n’entraîne le retour des politiques interventionnistes de la période du kirchnérisme. Affaibli par les craintes d’un défaut de paiement du pays, qui a bénéficié d’un crédit de 57 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI), le peso a chuté de 5,86% dans la semaine précédant le vote, pour finir à 65 pesos pour un dollar.

L’hydre péroniste

Mais qu’est-ce que le péronisme ? Il s’agit d’un courant politique lié au nom d’un colonel d’infanterie, puis secrétaire d’Etat au Travail et à la Prévoyance en 1943, Juan Domingo Perón. Un mouvement nationaliste et populiste, regroupant des tendances disparates. Il défend l’industrialisation face aux grands propriétaires terriens, le contrôle des exportations, un Etat fort, la santé et l’éducation publiques, les aides sociales, la neutralité internationale et l’intégration politique et commerciale sud-américaine.
Juan Domingo Perón est élu président en 1946 (il est élu à trois reprises : 1946-52, 1952-55 et 1973-74). Il crée l’Institut argentin de promotion de l’échange (IAPI) la même année de son élection. Il est chargé de restructurer l’économie et repose sur la nationalisation du commerce extérieur. Entre-temps, il opère une large redistribution des revenus, met en place une assurance-maladie, instaure les congés payés, les retraites, la couverture des accidents du travail et le droit de vote des femmes, développe l’éducation, l’accès au logement… D’où l’hostilité des dominants à son égard.
En 1955, les militaires prennent le pouvoir. Ils abolissent l’IAPI et détruisent l’industrie, coupable à leurs yeux de contribuer au développement d’une classe ouvrière mobilisée. Depuis cette période, le pays tangue entre agriculture et industrie, entre l’oligarchie et ce que Perón appelle «le peuple». Des coups d’Etat (1955, 1969, 1976) interrompent des tentatives de développement industriel. Après le retour à la démocratie en 1983, le néolibéralisme triomphe et séduit même des adeptes du péronisme sous les mandats de Carlos Menem, entre 1989 et 1999.

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